Je fête, à Kinshasa, le 70ème anniversaire de mon Indépendance
Vié ba Diamba
Dépêches de l'agence de presse privée Ana et le Congo (AnaCo)
Série 3: Je fête, à Kinshasa, le 70ème anniversaire de mon Indépendance
Kinshasa 22 décembre 2009 – 15 février 2010
Sur l'agence AnaCo, voir aussi:
http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/
Sur le Congo, voir aussi:
http://butembo-kinshasa.blogspot.com/
Un autre cimetière
Un monstre vient parfois se reposer
- Tika mikolo eleka !
dans un cimetière où il a plein d’amis et beaucoup habitudes… Il vient aussi y vérifier si, depuis sa dernière visite, sa tombe n’a pas été squattée par un importun, sans titres ni droits…
Une poule abandonne ses œufs et
- Vié aye ! Nzala esili !
se précipite à la rencontre du monstre et court vers lui… les ailes levées pour l’accueillir et qu’il la prenne dans ses bras… et s’imagine, sans doute, qu’il va la nourrir… et se fait
- Dans un cimetière, on vit sur l’habitant, ma poule ! Dans un cimetière, on mange des vers, ma poule… Jamais des grains de riz ou de maïs !
sèchement rembarrer et s’en va… en gloussant, glougloutant, s’égosillant… très indignée…
C’était un cimetière
- On ne chôme pas ! Il ne se passe jamais un seul jour sans que de nouveaux clients viennent solliciter nos services ! se réjouissent et se plaignent les fossoyeurs…
très peuplé…
C’était un cimetière rempli
- Ils ont tous bien fait de mourir, non ?
de gens qui, au départ, étaient sans doute exclusifs, compliqués et bornés… mais qui, petit à petit, avaient appris à se simplifier l’existence et à tolérer leurs voisins… et habitent maintenant à plusieurs dans la même tombe, les uns sur les autres, toutes provenances et tous sexes confondus, en se pressant un peu : des communistes libertaires, des capitalistes socialisés, des Juifs musulmans et des Musulmans juifs, des Bulankos qui mangent des mabumu et de la kwanga et des Congolais qui raffolent des moules ou des chicons, des anarchistes organisés, des gauchistes ou des fondamentalistes visités par le relativisme, des rationalistes poétisés, des chrétiens athées et des francs-maçons tentés par le bouddhisme…
Ce n’est pas vraiment un cimetière… mais plutôt un refuge pour piétons et un espace de liberté…
Protégé par des murs, certes, mais
- Pas pour empêcher les résidents de s’échapper ! Mais pour les mettre à l’abri des vivants !
contre l’extérieur et pas non plus contre tout le monde… Seulement contre différentes espèces de marchands d’antiquités, d’abuseurs de veufs paumés ou de veuves amères, d’huissiers
- Ils parcourent les allées du cimetière et (faute de voisins, de domestique ou de boutiquier du coin à interroger) mettent des lorgnons et tentent de déchiffrer les noms qui figurent sur les boîtes aux lettres et les boutons de sonnettes des morts ! C’est à ça qu’on les reconnaît !
ou d’enquêteurs privés, de promoteurs immobiliers, de ferrailleurs et d’exploitants miniers, de creuseurs et d’investisseurs… et contre les agents de la police de circulation routière, de la Direction Générale des Recettes de Kinshasa ou
- Pour marquer leur opposition à la visite de ces différents prédateurs, les morts ont manifesté en nombre devant leur cimetière ! Ils en ont bloqué toutes les voies d’accès ! Ils ont transformé leur cité en un camp retranché ! Ils ont crié des slogans hostiles aux envahisseurs (mbongo ya vignettes ya ba corbillards ezokende wapi ?), mis le feu à des poubelles et à des palettes en bois ! Ils auraient même, dit-on, incendié des croix de seconde main ou des cercueils de récupération !
de la société nationale d’assurance… et contre les crocodiles et les hippopotames en divagation, partis à la recherche d’herbes fraîches ou d’abats faisandés (épluchures de bananes et de patates douces, feuilles de manioc ou de chou, kasa ya kwanga, miches de pain, arêtes de poissons, carcasses de poulets, fœtus, placentas, kystes, fibromes, tripes et ossements humains)… qui se plaisent à retourner les tombes isolées et à bousculer et à piétiner les croix fichées dans le sol… sans même penser
- Ata yo moko ! Ils ne votent même pas !
à s’excuser auprès des occupants…
Un cimetière libertaire où, dit-on, un petit cochon rose (comme un
- Un bulanko ?
sucre d’orge, un cervelas, un « boudin » de chez Sebo, un rouleau de papier de toilette bon marché qu’on vend dans tous les ligablos), ivre de vin catholique et de vodka soviétique (et traqué, on s’en doute, par des prêtres, des commissaires politiques et des imams fanatisés) (mais pris en affection, très certainement, par une brouette, une bicyclette et un vieux frigo entreposés près de la guérite de la sentinelle), a trouvé refuge et
- Fuyant, l’un et l’autre, une bande de chiens errants, opérant surtout la nuit… Et dont on rapporte qu’ils auraient déjà dévoré plus de trente-quatre porcs et dix-sept chèvres !
retrouve une très vieille copine, la biquette de Monsieur Seguin, friande de fragrances pestilentielles, bien décidée, elle aussi, à vivre toute sa vie, à péter, à pisser, à crotter, à niquer et à mourir de mort naturelle et à être
- Ce sont les droits de l’homme de la chèvre, n...on?
enterrée dans un vrai cimetière… plutôt que dans le ventre d’un prédateur infâme…
Mais, problème ezali !
Il n’y a plus
- Cette avenue n’est pas à vendre ! Ce parking n’est pas à vendre ! Ce marché n’est pas à vendre ! Cette place commerciale n’est pas à vendre !
beaucoup d’espaces libres dans la ville de Kinshasa…
Ou les gens peuvent-ils bien alors s’établir… et construire leur abri ou leur repaire ?
Nulle part !
Sauf sur la pelouse du stade Tata Raphaël, dans l’enceinte de l’Institut de la Gombe ou de l’Athénée de la Gare, sur l’ancienne voie de chemin de fer qui reliait le centre-ville au quartier Kinsuka, au parc De Bock, à la cité de l’OUA, dans les camps de l’armée ou de la police (le camp Tshatshi, le camp
- La rumeur rapporte qu’il pourrait être « délocalisé » !
Kokolo, le camp Lufungula, le camp ex-gendarmerie de Lemba, le camp Kibomango…), à l’hôpital général de référence de Kinshasa, ex-Mama Yemo ou à la clinique de Ngaliema, sur le terrain de golf du « Cercle de Kinshasa » à la Gombe, au stade vélodrome de Kintambo, au jardin zoologique ou botanique de Kinshasa… Sous les arbres de la parcelle de la cathédrale Notre-Dame ou du Secrétariat général du ministère de l’Intérieur… A flanc de ravins (dans des cabanes-prisons
- Comment transporter sur le dos une femme sur le point d’accoucher jusqu’à un centre de santé, pendant des kilomètres, en traversant des sites érosifs ?
qu’on appelle « lubwaku ») inaccessibles aux voitures, aux ambulances… aux handicapés en chaise roulante et aux personnes qui souffrent d’arthrose… Sur les terrains de football de N’Djili (au quartier 6), les plaines de jeux des écoles publiques de Kingasani ya Suka et les différents marchés… Dans la forêt d’eucalyptus
- Est-elle atteinte de calvitie et perd-elle, progressivement, tous ses cheveux blanchis ?
de N’Djili… Ou alors dans les anciens cinémas en plein air qui n’ont pas été « convertis » en églises de réveil… ou dans les cimetières … Aux cimetières de la Gombe, de Kasa-Vubu
- Que les shegués ont nouveau envahi… alors qu’ils en avaient été chassé, il y a moins d’un an… de même que les mamans maraîchères… pour que les services compétents puissent procéder au lotissement du site !
de Kimbanseke, de Kintambo ou de Benseke Futi… Ou, plus loin encore, au cimetière de Kinkole ou de Mikonga II, dans la commune semi-rurale de la N Sele… où morts et
- Les tombes sont marquées par des croix en bois… que les voisins volent pour en faire du bois de chauffage ou construire un poulailler…
vivants cohabitent et tirent avantage
- Vin de palme (fraichement tiré) et maboke (bien chauds), bière (bien tapée) ! A la bonne santé des ancêtres (encore frais) !
du même marché pirate installé sur l’emplacement réservé au « parking » des convois funéraires…
Quels autres terrains piller ?
Le propre cimetière du « monstre que je suis » (devenu ?) se trouverait-il menacé ?
Eh !
Or que…
La province du Nord-Kivu a, sur fonds propres, doté l’hôpital de Goma d’installations
- Très optimistes ou peu ambitieuses ?
mortuaires modernes : une morgue de douze places achetée en Chine…
Or que…
A Kalemie, un homme de trente-cinq ans
- Mort à l’hôpital des suites de ses blessures… après s’être battu avec un rival… qu’il avait surpris chez ses beaux-parents, dans la chambre et dans le lit de sa femme et mère de leurs trois enfants… dont il vivait séparé et qui était retournée vivre chez ses parents…
a, d’abord, été enterré par sa propre famille, dans la parcelle de sa belle-famille… où l’adultère de la fille de la maison avait
- Oh !
été ourdi et manigancé… et ensuite, trois jours plus tard, sur intervention des autorités civiles et judiciaires… exhumé puis de nouveau inhumé… au cimetière de la ville…
Or que…
A Kikwit, dans la commune de Lukemi, une femme mariée et mère de sept enfants… qui avait disparu depuis près de deux semaines… vient d’être retrouvée morte… et déjà enterrée dans le cimetière de Kimbangu, réservé aux Musulmans
- Oh ! Mais quelle est cette nouvelle tombe… toute fraîche encore ? Nous ne comptons pourtant pas de nouveaux morts dans notre communauté…
où un avorteur (un pseudo-infirmier, se faisant passer pour un médecin, qui exerçait son art dans une « institution sanitaire » pirate)… à qui la maman avait demandé
- Zemi eza liyanzi, vraiment, Papa ?
- Pas de problème, Maman ! Kobanga te !
de lui « faire couler sa dernière enceinte »… et qui avait raté son opération… avait, nuitamment et clandestinement, sans prévenir la famille ni personne, inhumé le corps de la trépassée… dans un endroit peu fréquenté…
Oh !