Je fête, à Kinshasa, le 70ème anniversaire de mon Indépendance
Vié ba Diamba
Dépêches de l'agence de presse privée Ana et le Congo (AnaCo)
Série 3: Je fête, à Kinshasa, le 70ème anniversaire de mon Indépendance
Kinshasa 22 décembre 2009 – 15 février 2010
Sur l'agence AnaCo, voir aussi:
http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/
Sur le Congo, voir aussi:
http://butembo-kinshasa.blogspot.com/
Comment, petit à petit, devenir un monstre et le rester pour toujours(on ne pourra pas reprocher à Néron de ne pas avoir appelé les pompiers à temps)
Un monstre doit
- On y travaille !
se faire enlever des affaires intérieures, le matin, suivre un régime sans lotoko ni viande de chien, à midi, et prendre des nkisi, tous les soirs avant
- Ne pas oublier de mettre le pot de sucre (mais pas la salière, ce n’est pas vraiment nécessaire) dans le frigo avant d’aller se coucher ! Pour les fourmis !
- Et les liasses de francs congolais ou de dollars au fond du congélateur ?
de s’endormir… Un monstre est souvent dérangé par une méningite ou par une maladie « magico-mystique » mieux connue sous le nom de « mbasu »… Un monstre ne doit même plus être capable d’effectuer des calculs élémentaires (tels que des divisions à deux ou trois chiffres)… Un monstre doit avoir perdu quelques boulons en crapahutant sur les routes trouées de quartiers glauques ou en roulant sur des pistes de brousse trop cabossées… et
- Le moteur ne répond plus comme avant ! Un monstre est-il en état de subir une remotorisation complète ?
beaucoup de déraisons, de colères, de ferveurs, d’ardeurs, d’ivresses, de lubies, de berlues, de vertiges et d’euphories paniques…
*
Un monstre fréquente-t-il assidûment les médecins et
- Docteur, dites-moi, un rhinocéros dont le zizi coule tout le temps, est-il atteint de rhinorrhée ?
- Comment ça ? Précisez !
- Ben voilà, je ne me sens pas très en très bonne forme… et je voudrais bien qu’on m’enlève tout le mal que j’ai en moi ?
- Vous voulez sans doute qu’on vous opère ? De quoi souffrez-vous ? Et de quoi voulez-vous qu’on vous opère ? Hernie, appendicite, prostate ou césarienne ?
- Un peu d’tout, docteur ! La rougeole, le paludisme, la typhoïde, le diabète ou le sida… Et la bonne vieille sopis (qui faisait fureur dans les belles années de la Deuxième République), si v’zavez toujours ç’aussi en magasin ?
se fait-il parfois virer sèchement, comme un malpropre : « Allez vous faire tripatouiller le zizi et déboucher les narines ailleurs, espèce d’individu ! » ?
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Un monstre se plaint toujours
- Appliquez-vous trois grands feuilles de mutuzo sur les reins ! Ou des feuilles de moringa…
- Mutuzo ?
- Un arbre du Kivu venu s’installer à Kinshasa… chez Ya Nze et Marie, du côté de Binza !
- Moringa ?
- Une plante d’origine indienne qui fait fureur au Bas-Congo… et qui soignerait plus de trois cent maladies… y compris les troubles de la vision et les maux de gorge !
d’avoir mal au dos…
Pour ne pas être obligé de choisir les produits les moins chers en bas des étalages du Delhaize de la rue de Hennin ?
Ou pour ne pas avoir
- Un monstre ? Ce n’est pas tout à fait le mot exact ! Disons plutôt un propre-à-rien, non ? Un chétif, un alité, un souffreteux, un liboke de pilchards, non ?
à transporter deux casiers de bière dans chaque main (deux de Primus
- Suka na loningisa ! Ambiance plus plus !
à gauche et deux de Skol, à droite)… ou des bassines, des bidons jaunes et des seaux d’eau… ou un sac d’au moins trente-cinq à cinquante-trois kilos de riz, de makala, de maïs, de madesu, de ciment ou de cossettes de manioc sur la tête… avec, en prime, un enfant grassouillet, de huit à dix kilos (et demi), attaché dans le dos… sur de très longues distances, presque en courant ?
*
Un monstre tombe en amour, rate son décollage, détache ses ailes et s’écrase
- A la veille de la saison des fourmis ailées, des conflits se multiplient pour le contrôle des termitières !
sur le sol et (aussi ridicule qu’un renard empêtré dans une toile d’araignée ou un filet de pêche… ou qu’un vétérinaire piqué par le porc-épic qu’il s’apprêterait à vacciner… ou qu’un Don Quichotte dont la lance se serait fichée dans la roue arrière de la bicyclette du facteur ou du garde champêtre… ou qu’un poisson d’aquarium qui huuuuurlerait et appellerait au secours derrière le hublot "double vitrage" d’une machine à laver mais que personne n’entendrait… ou qu’un tortue qui enfoncerait la tête dans le bac à sable du chat pour ne pas se faire remarquer… ou qu’un groupe de « randonneurs » américains, en provenance du Kurdistan irakien, qui auraient franchi « par erreur » la frontière iranienne et auraient
- Désolés ! Nous ne savions pas ! Nous sommes absolument désolés ! Cela ne se reproduira plus !
été « surpris » dans une zone sensible…) cesse aussitôt de plaaaaaaire…
Un monstre ouvre la fenêtre (ou entrouvre la porte) de la voiture et vide le cendrier, plein de chewing-gums mâchés, de capotes usagées et de mégots éteints, dans le caniveau… Et ça l’absout de tous ses péchés !
*
Un monstre doit probablement
- Ceci expliquerait sans doute le léger retard mental dont il souffre… ses absences, ses pertes, ses oublis, ses erreurs de calcul, ses lenteurs de compréhension… ses courts-circuits et ses baisses de tension… ses fugues et ses échappées…
dans sa jeunesse, au début de la deuxième moitié du XXème siècle, avoir été attaqué en piqué par un cerf-volant sur une plage de la mer du Nord…
D’autres prétendent que lors d’une cérémonie secrète et nocturne (tenue derrière la maison familiale, au clair de la lune, tout au fond de la parcelle, là même où les poules et les cabris sont immolés… tandis que leur sang est versé sur le sol pour solliciter la protection des ancêtres) un sorcier ardennais
- Ndokieeee ! Mama nakufieeeeeeee !
aurait ouvert un espace entre les os du crâne du monstre, quand il était encore bébé, et lui aurait gobé toute la cervelle…
*
Un monstre se sent parfois coupable d’avoir
- Avec des nzele qui lui faisaient trop confiance !
« convolé » (deux fois !) et d’avoir eu de très beaux enfants. Un monstre est toujours
- Que vont-ils devenir mes djeun(e)s… et dont aucun, à ce jour, n’est encore parvenu à se tirer définitivement d’affaire ? Dans quelles foutues emmerdes je les abandonne… sans diplômes vendables, sans boulot « sérieux », sans pognon (autant que nécessaire), sans grands projets rapidement accessibles… sans armes d’autodéfense ni préservatifs de destruction massive… sans même un système approprié de climatisation à pédalier (Singer ?) susceptible (alors qu’ils ont déjà les pieds dans la gadoue, que le futur n’a plus d’avenir, que les eaux du fleuve Congo se dilatent, gonflent, augmentent de volume et envahissent les artères de la commune de Lubunga, à Kisangani rive gauche, et que les fidèles des églises Maranathan et JVS, complètement désemparés, ne savent plus à quel Nzambe se vouer, ni en quel lieu implorer son pardon, ni à quel pasteur verser leur dîme…) de les mettre à l’abri (ils devront bientôt installer leur makala sur la table de la cuisine pour se griller des mpiodis et se préparer des madesu* du Bas-Congo ou du Kivu) du réchauffement de la planète, des canicules, des inondations… et des invasions cycliques des Mbororo, éleveurs nomades originaires du Tchad ou de Centrafrique, lourdement armés, dont le bétail est accusé de détruire les cultures des paysans ?
angoissé et de très méchante humeur… Un monstre a des remords
- Faut-il laisser des larmes geler en hiver ou vaut-il attendre qu’elles s’évaporent en été ? Faut-il laisser six mille chameaux australiens se rapprocher dangereusement des villages et menacer de pénétrer dans les maisons ou vaut-il mieux les exterminer ?
acides… Un monstre aurait sans doute mieux fait de ne pas avoir beaucoup d’enfants…. Il ne leur a-t-il pas donné les meilleures cartes… et se retrouve, à présent, maintenant que la bise est venue, fort dépourvu… incapable de leur venir en aide… d’aucune utilité… totalement impuissant…
Un monstre est parfois médaillé… mais une seule médaille peut avoir beaucoup de revers… Un monstre, même ses chaussures prennent l’eau…
*- Avec des makolo ngulu ?
- Mais non ! Jamais ! Avec du makayabo… sans arêtes et préalablement désalé !
- Du makayabo sans arêtes et dessalé ? Oh ! N’importe quoi ! Recette ya ba mindele, ko ! Et pourquoi pas du mfumbwa à la crème fraîche, alors ? Ou une salade de pondu… avec des oignons, de la mayonnaise, du ketchup ou de la vinaigrette ?
*
Un monstre n’a plus beaucoup
- Il n’y a plus jamais de lumière à la fenêtre du salon ! On n’ose même plus sonner à la porte ! On a peur de déranger !
de visiteurs...
Ses promenades en forêt (dans la forêt de Soignes, du Mayombe ou de l’Ardenne) se font rares… Sa marche est devenue moins alerte… Il se déplace avec lenteur, comme un ancien prisonnier de Guantanamo (enculé par la démocratie) qui souffrirait d’hémorroïdes poisseuses et sanglantes, perd vite le souffle et n’est pas mécontent de rencontrer un tronc d’arbre abattu sur la route ou une carcasse de petit porteur ou de DC 3 en bordure d’une piste de brousse pour pouvoir y…
poser les fesses… et récu…
pérer…
Un monstre, ses sorties s’espacent…
Chez Vieux Henri, sur Bolobo, à Inzia, chez Jackie la Marraine, à Air N’Djili ou chez Sébastien, au Bloc de Bandal (ou chez Mama Isa, à côté de la superette Michaël), à la friture Divina, à la Calebasse, sur Kapela… ou sur Kisantu (chez Asimba Bathy et les bédéistes de Kin Label) ou sur Ikelemba, à la terrasse de Ma Lyly, la sœur
- Mais elle aurait déménagé et elle habiterait à présent du côté du stade des Martyrs !
de Freddy Tsimba… ou, en compagnie de Vincent Lombume Kalimasi, sur les quais… devant les deux ferry-boats, amarrés côte à côte, de l’avenue Bongolo…
*
Un monstre se tape-t-il « sans le savoir » des accidents cérébraux à répétition et roule-t-il, depuis quelques années déjà, sans
- Est-il seulement conscient de son état ?
que les gens s’en doutent, sur les jantes… et à l’huile de friture usagée ? Un monstre a-t-il tendance à prendre les toilettes pour des cabines téléphoniques et inversement ? Un monstre souffre-t-il d’apnées du sommeil et son épouse de compagnie est-elle tenue de se coucher à ses côtés tous les soirs et de passer ses nuits à écouter… écouter, écouter, écouter son souffle et ses ronflements (tout en continuant de s’épiler le pubis et de regarder des recettes de cuisine ou des feuilletons policiers américains à la télévision, oh !)… de façon à pouvoir le secouer… secouer, secouer, secouer… et
- Oh ! Que me veut-on encore ? Cherche-t-elle à m’injecter sa salive, à endormir mes défenses naturelles et bloquer mes mécanismes de protection ?
se faire copieusement insulter… et
- Une grenouille arboricole aux yeux gris-verts essaye-t-elle de me vooooler un baiser ? Une goule brûle-t-elle de me suuuucer tous les sangs ?
insister quand même… et finalement le tirer de son mauvais sommeil lorsqu’il s’arrête de respirer ? Un monstre souffre-t-il de démence sénile et n’a-t-il plus été invité
- Un discours ! Un discours ! Nous voulons un discours !
à s’exprimer en public depuis déjà longtemps ? Un monstre passe-t-il son temps à revoir les images usées de tous les vieux massacres dont il a été le témoin ou auxquels il a « participé » ?
*
Un monstre n’est pas dépourvu d’émotions… Il éprouve une tendresse particulière pour Richard Wong, résistant irréductible, insoumis tenace, multirécidiviste des incidents graves avec le personnel pénitentiaire… célèbre pour avoir, en 2001, électrocuté un maton à la prison de Lantin en plaçant une ligne électrique sur la porte de sa cellule…
Eh !